Mutuelle et prévoyance : nos conseils clés dès la création d’entreprise

Marie-Pierre Nicolet accompagne au quotidien des entrepreneurs et des travailleurs indépendants qui vont ou qui viennent de créer leur entreprise. Elle partage son regard sur l’importance d’être bien accompagné, notamment en matière de protection sociale. Une parole experte, recueillie au plus près des besoins des entrepreneurs.

Marie-Pierre est conseillère commerciale sédentaire au sein du service Ventes à distance d’APICIL depuis un peu plus de 15 mois. Ce service accompagne aussi bien les entreprises que les travailleurs indépendants. À ce titre, elle échange régulièrement avec des créateurs d’entreprise afin de les conseiller sur leur mutuelle et leur prévoyance dès le lancement de leur activité.


Marie-Pierre, en quoi consiste concrètement ton accompagnement auprès des créateurs d’entreprise ?

« Je reçois des appels entrants de créateurs, de dirigeants ou encore de cabinets comptables qui s’interrogent sur la mutuelle et la prévoyance. J’échange également avec les conjoints de dirigeants, souvent très attentifs à la protection de la famille, notamment des enfants, car le créateur d’entreprise dispose généralement de peu de temps pour s’en occuper. Les sujets abordés concernent principalement la santé et la prévoyance du dirigeant et de son entourage. »

Comment abordes-tu ces sujets avec eux ?

« Très souvent, aucune protection sociale n’est encore en place. Mon rôle est alors de les sensibiliser aux risques : perte de revenus en cas d’accident ou de coup dur, impact sur la famille, continuité de l’activité. J’essaie de les amener à se projeter et à réfléchir à ce qui se passerait dans une situation imprévue. Il m’arrive de prendre l’exemple de M. Schumacher*, pour démontrer que cela peut arriver à tout le monde. »

Comment accompagnes-tu le créateur d’entreprise dans son processus de création ?

« J’accompagne le créateur d’entreprise en prenant le temps de bien comprendre sa situation avant de le conseiller sur sa protection sociale. Je lui pose de nombreuses questions afin d’identifier son statut, sa forme juridique, son secteur d’activité et son niveau de maturité dans son projet. La protection sociale n’est pas toujours intégrée dès le départ, notamment par manque de recul sur les revenus et mon rôle est alors d’attirer son attention sur les risques et la sécurisation de ses revenus. Je m’intéresse également à sa situation familiale (présence d’un conjoint, activité professionnelle de l’épouse ou de l’époux, enfants) afin de proposer des garanties adaptées à la fois à sa vie professionnelle et personnelle. Chaque situation étant différente, mes recommandations sont entièrement personnalisées. L’accompagnement s’inscrit dans la durée, avec des points réguliers au cours de la première année pour suivre l’évolution de l’activité et ajuster la protection si nécessaire. L’objectif est de sensibiliser le créateur aux enjeux et de poser les bases d’une protection sociale adaptée et évolutive. On est des conseillers, pas des vendeurs. »

Peux-tu nous raconter une rencontre ou une situation qui t’a particulièrement marquée ?

« J’ai notamment accompagné une créatrice d’entreprise qui venait de quitter un poste confortable avec de bonnes garanties. Elle était très stressée à l’idée de les perdre. À l’issue de notre échange, elle m’a remerciée en me disant : “Je me sens enfin sereine pour me concentrer sur mon activité.” Ce type de retour donne beaucoup de sens à mon travail. C’est particulièrement satisfaisant lorsque les personnes ne connaissent pas les dispositifs. On prend le temps d’expliquer des dispositifs, comme la loi Madelin par exemple. En faisant preuve de pédagogie, nos interlocuteurs comprennent pourquoi un contrat est nécessaire, ce qu’ils signent et surtout dans quel objectif. Le fait de les écouter et de leur apporter un conseil clair leur permet de se sentir réellement protégés. J’ai aussi été confrontée à des situations plus difficiles, où l’on se rend compte qu’il est trop tard, que la personne n’avait pas anticipé le risque. Cela renforce l’importance de la prévention et de l’explication en amont, avant qu’un problème ne survienne. »

Dans les échanges que tu peux avoir, les interrogations se portent-elles davantage sur la mutuelle ou sur la prévoyance ?

« Les créateurs d’entreprise ont souvent le sentiment que la mutuelle est plus importante que la prévoyance, alors que les enjeux sont en réalité très différents. Ils sont généralement très motivés et se sentent parfois invulnérables, en pensant que “cela n’arrive qu’aux autres”. Mon rôle est alors de les sensibiliser, notamment en m’appuyant sur des cas concrets, par exemple en leur demandant : combien de temps ils pourraient faire face financièrement en cas d’arrêt de travail prolongé ? La discussion commence souvent par la mutuelle, mais certains sujets, comme les maladies non objectivables (le burn-out, la dépression ou encore la lombalgie) sont des points d’entrée importants. Ce sont des situations souvent exclues ailleurs, mais prises en charge dans nos solutions. Le fait de pouvoir proposer des garanties à la carte, adaptées à chaque profil et au régime obligatoire du créateur, est un véritable atout. Un artisan, un kinésithérapeute ou un plombier n’ont pas les mêmes besoins ni les mêmes niveaux d’indemnisation. Beaucoup ne savent pas précisément combien de temps ils seraient pris en charge. C’est là que notre rôle de conseil prend tout son sens. »

Quel est ton tout premier souvenir marquant dans ce métier ?

« Ce qui me passionne, c’est de découvrir l’activité et l’entreprise de chaque créateur, de pouvoir les accompagner dans ce processus et d’être un maillon de la chaine afin qu’il puisse sécuriser leur activité. Je me souviens d’un créateur qui hésitait à quitter son statut salarié par peur de « perdre sa sécurité ». Après notre échange, il m’a dit : « Grâce à vous, je me sens prêt à franchir le pas« . Ce jour-là, j’ai compris l’impact concret de mon rôle.»

Selon toi, qu’est-ce que cela représente aujourd’hui de se lancer à son compte ?

« Se lancer à son compte demande beaucoup d’énergie, d’autonomie et une grande capacité de travail. Souvent, l’entrepreneur doit cumuler plusieurs rôles à la fois : commercial, gestionnaire, technicien… Dans ce contexte, la protection sociale est très souvent reléguée au second plan, alors qu’elle est pourtant essentielle. Il faut beaucoup de courage et d’énergie. Il est important de bien s’entourer dès le départ pour créer sa structure dans de bonnes conditions et surtout d’intégrer sa protection sociale dès le début. Un accident ou une maladie peuvent arriver à n’importe quel moment. J’ai par exemple le souvenir d’un travailleur non-salarié qui nous a appelés pour de la prévoyance. Il n’en avait pas et son associé était atteint de la maladie de Charcot. Cela leur a ouvert les yeux. Ils avaient tous les deux 40 ans. Quand le problème est là, c’est souvent trop tard. Les entrepreneurs sont dans l’action, toujours en mouvement, et ne pensent pas que cela peut leur arriver. »

De quelle manière êtes-vous présents à leurs côtés ?

« Notre rôle est de leur expliquer concrètement comment ils sont garantis et de mettre en place le contrat adapté. Très souvent, ils nous appellent pour poser des questions : nous sommes leur repère, leur point d’entrée. Nous sommes leur conseiller dédié, joignable par téléphone ou par mail. Ce n’est pas une plateforme, ni une relation qui s’arrête une fois la vente réalisée. Il y a un vrai contact, une relation qui s’installe dans la durée. Quand ils ont une question, ils nous contactent. Et s’ils appellent alors que nous sommes déjà en ligne, nous les rappelons. Je mets beaucoup cela en avant : je suis leur conseillère dédiée. Pour échanger, pour faire évoluer leur contrat, ils reviennent vers moi. »

*Michael Schumacher est un ancien pilote de Formule 1, gravement blessé à la suite d’un accident de ski en 2013, qui l’a laissé lourdement handicapé, illustrant le caractère soudain et imprévisible des accidents de la vie.